Autopsie, significations et symboliques du roman «Le médecin aliéné¹»: une herméneutique

La pensée du cercle dans LE MÉDECIN ALIÉNÉ | LA TÊTE AUTOUR DE SOI

Photo de Caspar Rae sur Unsplash

Le titre du chapitre évoque un état dissociatif: la tête hors de soi, éclatée dans l’espace de la mémoire. L’image rappelle la tête «qui se multipliait, qui foisonnait comme un cerisier au printemps» au chapitre L’INQUIÉTANTE ÉTRANGETÉ. Ce titre capte la spirale narrative et polyphonique qui s’annonce dans ce chapitre et la pensée circulaire du chapitre LA PENSÉE EN CERCLES.


Le Café Expressions, qui n’existe plus, était situé sur l’Avenue du Mont-Royal. L’entrée par la porte de la ruelle, plutôt que par la porte avant sur l’Avenue du Mont-Royal, devient le seuil d’accès à un autre monde, inversé — allégorie d’une plongée dans l’intériorité.


«Je l’ai ouvert au hasard en buvant mon café et j’ai lu quelques pages en espérant y dénicher un trésor.» Chaque conte enchâssé dans le chapitre est lui-même un trésor qui en contiendra d’autres. Ce dispositif narratif évoque les poupées russes, mais aussi la narration stratifiée des contes des Mille et une nuits. L’unité profonde entre ces couches réside dans leur fonction cathartique: chaque récit soulage une mémoire, une culpabilité ou une blessure — à commencer par celle du narrateur initial, le médecin aliéné.


«EN ATTENDANT». L’attente comme état existentiel: lieu suspendu, entre deux. Voir les commentaires sur l’expression «En attendant», aux chapitres PANDORE et LA TÊTE EN BALANÇOIRE.


Tous les récits de ce chapitre sont marqués par des déplacements physiques et intérieurs: le narrateur quitte la ruelle, le voyageur entre au salon, le coiffeur évoque Alexandrie, le voleur est en exil, Ulysse revient des Enfers. Ces voyages sont autant de périples de réconciliation avec soi, avec le père, le fils, l’ami, le passé ou la souffrance.


Le récit «EN ATTENDANT» est conjugué au passé simple, ce qui contraste avec le récit du médecin aliéné et concorde avec l’ancienneté du récit.


Zamalek est un quartier cosmopolite et culturel du Caire, un carrefour intellectuel d’Égypte situé sur une île au milieu du Nil. C’est un lieu de rencontres amoureuses ou philosophiques, de réflexion politique ou identitaire. 


Le coiffeur du voyageur se néglige comme le barbier de la nouvelle Le nez, de Nicolas Gogol. Voir le commentaire qui suivra au sujet de cette nouvelle.


Porte d’entrée des contes enchâssés, le salon de coiffure de Zamalek est symbolique d’un lieu de transformation, un espace initiatique ou rituel quasi sacré, où le narrateur-voyageur est purifié (lavé plusieurs fois), recouvert de crèmes, massé, rasé, remodelé. Le visage devient palimpseste, les couches de crèmes reflétant la superposition des histoires racontées par le coiffeur. Ces applications évoquent les rituels funéraires ou de momification. Ce chapitre est analogue à un tombeau narratif où l’on s’enfoncera pour enterrer la honte, la solitude, l’échec, la folie, le suicide et l’oubli — non pour les effacer, mais pour les transfigurer en récits.


«Le voyageur craignit que le coiffeur lui tranche le nez par inadvertance.» Référence à la nouvelle Le nez, de l’auteur ukrainien Nicolas Gogol, dans laquelle le barbier trouve dans son pain le nez d’un client qu’il a rasé.


«[D]emanda le coiffeur au voyageur en tirant sur ses cheveux». Allusion à l’expression «tiré par les cheveux», qui signifie une histoire peu plausible et difficile à croire, à l’image de celle, abracadabrante, que le coiffeur s’apprête à raconter.

«C’est [le Café Pastroudis] un lieu historique, livresque.» Le Café Pastroudis, situé près de l’antique théâtre romain de Kom el-Dikka, était un lieu réel et mythique de l’Alexandrie du 20e siècle. Il était fréquenté par une élite cosmopolite: écrivains (dont le poète Constantin Cavafis), diplomates, intellectuels et commerçants. Lieu emblématique de l’Alexandrie multiculturelle (grecque, juive, arménienne, italienne, arabe), il a été immortalisé dans les œuvres de l’écrivain Lawrence Durrell (The Alexandria Quartet). Sa mention agit comme un nœud culturel, littéraire et historique. Comme la bibliothèque improvisée du Café Expressions à Montréal dans le récit-cadre, le Café Pastroudis est un lieu de livres abandonnés ou retrouvés (par exemple le conte inédit des Mille et une nuits). C’est une porte narrative entre les mondes et les ruines qui lui font face.


Le coiffeur de Zamalek, comme l’agent carcéral au chapitre LA SAINTETÉ, est gardien de contes, passeur d’histoires. Comme le Café Expressions, le salon de coiffure est un portail vers l’imaginaire, le seuil du récit, point d’entrée dans les mondes enchâssés. Il ouvre une brèche vers le Café Pastroudis à Alexandrie, le conte inédit des Mille et une nuits et le mythe d’Ulysse revisité.


«L’HISTOIRE DU COIFFEUR». Les contes des Mille et une nuits originaux contiennent quelques histoires de barbiers.


La cardamome est souvent ajoutée au café dans plusieurs pays arabes ou proche-orientaux pour en réduire l’amertume. Cette tradition est aussi une marque d’hospitalité et de convivialité.


«Je passais inaperçu, on ne faisait pas attention à moi.» L’état du barbier évoque celui du médecin aliéné, esseulé et passant inaperçu.


La colonne de Dioclétien fut érigée au 3e siècle en l’honneur de l’empereur romain du même nom, persécuteur des Chrétiens. Elle se situe près des ruines du Serapeum, temple dédié au dieu syncrétique Sérapis qui fusionne des traits d’Osiris, d’Apis et du dieu grec Hadès.


«[U]n rouleau de papyrus carbonisé qui ne s’était pas consumé.» Référence aux papyrus carbonisés retrouvés à Herculanum (ville antique romaine ensevelie par l’éruption du Vésuve), en Italie. Plusieurs techniques ont été utilisées pour tenter de les lire, dont le synchrotron, la tomodensitométrie et l’intelligence artificielle. D’autres papyrus carbonisés ont été retrouvés à Tanis, en Basse-Égypte, ville connue pour sa nécropole royale où fut retrouvé le masque d’or de Toutankhamon. 


«Personne parmi les historiens n’allait s’expliquer pourquoi le conte, d’époque médiévale, avait été rédigé sur un papyrus et non sur un parchemin.» Ce conte sur papyrus semble anachronique dans cette histoire du coiffeur tirée par les cheveux, puisqu’il s’agit d’un conte médiéval et qu’au Moyen-Âge le papyrus est peu à peu remplacé par le parchemin. Le papyrus aurait cessé d’être utilisé en Égypte vers le 10e siècle. Ce n’est toutefois pas impossible, puisque les contes des Mille et une nuits de l’époque des califes de Bagdad trouveraient leurs origines entre le 9e et le 11e siècle.


Le roi Shahriar, pour se venger de sa première femme infidèle, a promis d’épouser chaque nuit une nouvelle femme et de l’égorger au matin. Shéhérazade est volontaire pour épouser le roi, mais elle lui raconte d’abord une histoire qui ne se termine jamais, incorporant de nouvelles histoires qui en enchâssent d’autres, et dont les personnages sont souvent des miroirs les uns des autres. Le roi repousse chaque matin le moment du châtiment, avide de connaître la suite de l’histoire.


Le triclinium désigne dans l’Antiquité gréco-romaine la salle à manger réservée aux banquets, lieu social et intellectuel où l’on mangeait allongé sur des lits disposés en U autour d’une table centrale. Les repas s’accompagnaient de vin, musique, récitation de poésie, discours philosophiques ou jeux littéraires.


Les catacombes de Kom el-Chouqafa d’Alexandrie sont une nécropole souterraine du 1er siècle creusée dans la roche sur plusieurs niveaux. On y a retrouvé des amas d’amphores brisées, suggérant qu’on venait y boire du vin. Un escalier en colimaçon mène aux étages inférieurs, où l’on trouve des sarcophages taillés dans la roche, des chambres funéraires, un triclinium (salle de banquet funéraire), des statues hybrides (Égypto-gréco-romaines), des bas-reliefs représentant des scènes de momification, le serpent-gardien Agathodaimon ou le dieu Anubis vêtu d’une tunique romaine. Ces catacombes auraient été en fonction jusqu’au 4e siècle, puis «redécouvertes» accidentellement en 1900. Le conte du serveur du café Pastroudis prétend que ce lieu était connu au Moyen-Âge par des initiés et tenu secret.


«Il avait été capturé au cours d’une bataille victorieuse de cent vingt-cinq mille hommes du calife contre l’armée du perfide empereur des Rûms.» Ce passage rappelle les épopées contre les Rûms (les Byzantins de Constantinople) dans les Mille et une nuits et la mise en esclavage de prisonniers chrétiens (notamment dans le conte L’Épopée de Umar an-Nu’mân). L’esclavage de prisonniers chrétiens était courant au Moyen-Âge dans le monde musulman.


«Ils discouraient pour la première fois de l’amour.» Allusion au Banquet, de Platon.


«[Il] s’était mis à vivre en retrait du monde, malade et habité d’un grand vide.» Un trouble mental, dirait-on aujourd’hui.


Le bimaristan désigne à l’époque médiévale islamique un hôpital, mais aussi un lieu de soin, d’enseignement médical, de repos mental et parfois d’enfermement thérapeutique. C’est un établissement médical public dirigé par des médecins formés dans la tradition grecque-arabe (inspirée d’Hippocrate, Galien, Avicenne). Dans certains cas, il peut aussi servir d’asile psychiatrique. Le bimaristan de Damas ou celui du Caire disposaient d’aile pour les malades mentaux, où l’on pratiquait des soins: musicothérapie, hydrothérapie ou remèdes à base de plantes et d’onguents.


«Il espérait que son fils ne devienne pas comme lui.» Le père craint la transmission filiale ou héréditaire de sa propre maladie mentale.


Si s’arracher la barbe et déchirer sa chemise est un motif des Mille et une nuits pour illustrer la peine et la colère, la renonciation à l’islam est inhabituelle.


«Dans son exil, il rencontra à Jérusalem une Circassienne». Rappel de Charlotte.


Un moucharabié est une grille en bois sculpté, souvent à motif géométrique, placée devant une fenêtre ou un balcon dans l’architecture traditionnelle du monde arabo-islamique. Il laisse passer l’air (ventilation naturelle) et filtre la lumière solaire directe (ombrage ajouré), protégeant ainsi de la chaleur tout en assurant fraîcheur intérieure. Il offre un point de vue unidirectionnel, l’intérieur observe l’extérieur sans être exposé, et permet aux femmes de voir sans être vues, conformément à certaines normes de pudeur (intimité de la maison préservée).


«Il se mit à fumer du haschich». Rappelle l’aventure du médecin aliéné en Inde.


«[À] errer sur les routes». Le voleur est un miroir du médecin aliéné errant.


«Le prince écouta le récit du voleur et lui fit verser à boire du vin mélangé à de l’eau». Comme mentionné plus haut, les catacombes de Kom el-Chouqafa contenaient beaucoup d’amphores à vin. Le vin mélangé à l’eau signifie aujourd’hui nuancer et mesurer ses propos, faire des compromis, renoncer à une partie de ses prétentions ou de ses convictions pour arriver à un accord ou apaiser un conflit. L’expression est aussi une allusion au vin grec, fortement alcoolisé dans l’Antiquité, qui était mélangé avec de l’eau selon des proportions précises. Le Banquet de Platon rapporte notamment une telle dilution du vin.


«Il disait que les écrits ne valaient rien, seuls valaient toujours les actes.» Ceci rappelle la photo du musée Guggenheim de New York avec les mots «Actions speak louder then words», au chapitre LES MESSAGES.


Ulysse, connu pour sa ruse, est le petit-fils d’Autolycos («le loup en personne»), célèbre voleur qui a reçu le don d’Hermès de voler sans se faire prendre. Ulysse est pour cette raison présenté ici comme prince des voleurs (son grand-père détenant le titre de roi des voleurs). Sa ruse lui provient de cette filiation: elle lui permettra par exemple de se cacher dans le cheval de Troie sans se faire voir des Troyens.


«[A]près sa captivité par une femme au corps et à l’esprit magiciens.» Circé.


«Les exégètes disent qu’il a fait venir les Enfers à lui». Ulysse aurait fait remonter les morts à la surface par une nécromancie.


«[J]e pense qu’il y est descendu lui-même comme il est coutume de le faire.» Allusion aux héros grecs qui ont visité les Enfers: Orphée, Héraclès, Psyché, Thésée et Énée, et aussi à Dante qui sera guidé par Virgile dans la Divine Comédie. C’est aussi un double sens: il est descendu aux Enfers de lui-même, par sa faute.


«[U]ne étape nécessaire pour retourner dans son île natale heureuse.» L’île d’Ithaque.


«Il espérait que sa femme l’y attendait toujours, mais elle s’était vite remariée avec un prétendant.» Subversion du mythe original dans lequel Pénélope se refuse aux prétendants durant l’absence prolongée d’Ulysse.


«Il rencontra aux Enfers le défunt Achille, mort de sa faiblesse au talon.» L’expression «talon d’Achille» désigne le point faible. Achille était invincible parce que sa mère, Thétis, l’avait plongé dans le fleuve Styx pour le rendre immortel. Elle le tenait par le talon, qui ne fut donc pas trempé dans l’eau sacrée. Il fut tué par une flèche au talon durant le siège de Troie.


Chiron est un centaure — une créature mi-homme, mi-cheval. Contrairement aux autres centaures souvent décrits comme violents et sauvages, Chiron est réputé pour sa sagesse, sa bienveillance et sa maîtrise des arts médicaux. Il éduque de nombreux héros grecs, dont Achille, Jason et Héraclès, mais aussi Asclépios (dieu de la médecine). C’est Héraclès qui le blesse accidentellement avec une flèche empoisonnée. Immortel, Chiron souffre sans pouvoir mourir, et accepte finalement de renoncer à son immortalité au profit de Prométhée. Il meurt et est placé parmi les étoiles sous la forme de la constellation du Sagittaire ou du Centaure. Le thème du médecin est maintenu avec ce personnage.


«Durant un grand banquet au royaume des morts». Troisième niveau de banquet dans un banquet: celui au Café Pastroudis, celui au triclinium des catacombes d’Alexandrie, et celui aux Enfers.


Le retrait de l’immortalité à Chiron pour le laisser mourir afin de soulager sa souffrance se compare de nos jours à l’aide médicale à mourir.


«Chiron avait eu tout son temps pour écrire un mythe contre le poison douloureux.» Chiron écrit un mythe comme un remède, puisqu’il est maître de l’art médical. C’est lui qui enseigne la médecine à Asclépios, dieu de la médecine.


«Il demanda à Ulysse de rapporter ce récit hors des Enfers». Ce «récit» est une amphibole: est-ce le récit écrit par Chiron? Celui raconté par le père du voleur? Celui raconté par Shéhérazade? Celui raconté par le coiffeur? Celui lu au Café Expressions? Celui raconté par le médecin aliéné? Celui que le lecteur du roman tient dans ses mains? Ulysse, en rapportant hors des Enfers le récit le plus profond de cette narration stratifiée, déterre et emporte avec lui à la surface tous les récits qui lui sont reliés.


«Achille, héros brutal trahi par sa seule faiblesse». Son talon d’Achille.


«Il lui rapporta que son fils, qui avait hérité de la même chevelure rousse et flamboyante que son père». Le fils d’Achille est Néoptolème, ou Pyrrhus en référence à sa chevelure rousse (pyrrhos en grec signifie couleur feu, rougeâtre).


«Ulysse n’avait en réalité aucune nouvelle du fils d’Achille depuis qu’il avait quitté Troie, mais il en fabriqua pour le réconforter. [Il lui racontait que Néoptolème] était devenu roi et qu’il accomplissait dans la civilisation terrestre des actes héroïques.» En réalité, Néoptolème est brutal et vengeur, colérique, il tue le roi Priam dans le temple de Zeus, il sacrifie la fille de Priam sur la tombe de son père Achille, il jette le fils d’Hector par-dessus les remparts de Troie et emmène Andromaque (la veuve d’Hector) en esclavage.


«Puisses-tu demeurer parmi les vivants et ne jamais me rejoindre ici.» Néoptolème sera assassiné à Delphes dans le temple d’Apollon.


«Maman, je suis désolée de ce que j’ai fait. Tu es la meilleure maman au monde. Je vais veiller sur toi.» Cette lettre de l’adolescente lue par Ulysse est inspirée d’une lettre d’adieu qui a été médiatisée au Québec. La mère de l’adolescente l’avait rendue publique pour dénoncer l’intimidation dont sa fille avait été victime avant son suicide et sensibiliser les parents à ce sujet.


«L’adolescente avait pris sous sa protection un garçon de trois ans et une fillette de cinq ans qui étaient arrivés aux Enfers par une erreur inexplicable.» Ce sont les enfants poignardés à mort par leur père neurologue au chapitre MALÉDICTIONS. Double sens pour «l’erreur inexplicable»: l’erreur que les enfants soient aux Enfers et le geste inexplicable du père envers eux.


«Avec l’aide de Chiron et d’Achille, [l’adolescente] les préservait de la souffrance et de la peur.» Les enfants sont en sécurité avec le plus grand héros et le plus grand sage comme gardiens, et l’adolescente qui est issue du même monde et de la même époque qu’eux.


«Le héros put revenir hors des Enfers à bord d’un grand cheval de Troie.» Réutilisation du cheval de Troie pour passer le seuil infranchissable des Enfers vers le Paradis où Ulysse et Achille emmènent les enfants et l’adolescente. Le cheval de bois est ici décrit comme un jouet pour enfants.


«Maintenant, prends ma plume. Je te montrerai à écrire pour répondre à ton père et parler à ton fils.» La plume du prince devient outil de salut: le voleur apprendra à écrire pour résoudre son passé.


Le site archéologique de Kom el-Dikka que regarde le coiffeur-narrateur du conte offre un aperçu de la vie quotidienne, intellectuelle et urbaine d’Alexandrie à l’époque gréco-romaine tardive.


La rue Nebi Daniel est nommée d’après le prophète Daniel (dont le nom signifie «Dieu est mon juge»). Ce dernier s’exile à Babylone après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor. Il interprète les rêves du roi et survit au supplice de la fosse aux lions après avoir prié Dieu. Il a des visions apocalyptiques et serait le premier dans la Bible à parler de résurrection des morts. Sa tombe est revendiquée à plusieurs endroits, dont Alexandrie.


«[D]es soldats nationaux armés et barricadés protégeaient la vieille synagogue». Il s’agit de la synagogue Eliyahu Hanavi, nommée d’après le prophète Élie, précurseur biblique du Messie qui accomplit des miracles, est persécuté et fuit dans le désert, où il entend Dieu dans le murmure d’une brise légère, comme mentionné au chapitre ALREDEDOR. Elle est l’une des rares synagogues à exister encore en Égypte. Elle fut détruite durant la Campagne d’Égypte de Napoléon en 1798 et reconstruite en 1850 par un architecte italien dans un style néo-classique.


«Il lava pour la troisième fois les cheveux du voyageur toujours enduits de la cire rose.» La couleur rose rappelle l’expression «voir la vie en rose»: le conte du coiffeur revêt un optimisme ou un idéalisme romantique, empreint d’espoir et d’amour, voire un déni possible de la difficile réalité pour rendre la vie plus belle. Une sorte de refuge dans une naïveté volontaire.


«Il lui en coûta cinq livres.» Ce prix que doit payer le voyageur pour sa coupe de cheveux chez le coiffeur de Zamalek est un montant peu élevé pour ce voyage intérieur, temporel, mythologique, culturel et géographique étonnant. Peut-être y a-t-il un double sens avec le mot «livres», dans ce chapitre «livresque».


«Reviens te faire coiffer la semaine prochaine, je continuerai à te raconter mon histoire». Comme les contes de Shéhérazade, l’histoire du coiffeur ne se termine jamais.

9 réponses

  1. […] le film Medea de Pasolini. Elle renvoie au titre du chapitre LA SAINTETÉ et au Chiron du chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. Fako Doumbia, dans ce présent chapitre, est une figure christique. Il parle seul dans un lieu […]

  2. […] «J’étais devenu une nécropole». La nécropole préfigure celles des catacombes de Kom el-Chouqafa au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. […]

  3. […] reprise comme titre du livre abandonné et lu par le narrateur au Café Expressions, au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. Elle désigne l’incertitude de l’état présent et futur du narrateur, sa précarité […]

  4. […] au prince préfigure celui du conte retrouvé des Mille et une nuits récité au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI, l’une des images miroirs du médecin […]

  5. […] rejoint le titre du livre intitulé «EN ATTENDANT» que lira le médecin aliéné au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI, de même que le «en attendant» au chapitre LA TÊTE EN […]

  6. […] «L’homme à mes côtés, sans signe d’étonnement, m’a offert de partager son banquet nocturne.» Si le mendiant est un envoyé divin, rien ne peut l’étonner. Le banquet nocturne dans la rue préfigure le banquet au triclinium des catacombes d’Alexandrie, au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. […]

  7. […] «[P]endant qu’à côté des Égyptiens fumaient le narguilé comme des chenilles bleues du Pays des Merveilles». L’Égypte, associée à la magie comme Les aventures d’Alice au pays des merveilles. L’Égypte préfigure le séjour à Alexandrie au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. […]

  8. […] du 20e siècle, qui fréquentait le Café Pastroudis dont il est question au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. Son style est empreint de sous-entendus, d’ellipses, de double sens et d’ironie douce, lucide. […]

  9. […] Ce chapitre est un épilogue épistolaire qui s’inscrit dans un registre intime et universel. Il prend la forme d’une lettre ouverte ou d’un testament spirituel adressé à l’enfant à naître, mais aussi à l’humanité future. L’acte d’écrire ici devient prophétique: c’est un père qui parle depuis l’amont du monde, avec une voix qui transcende le temps biologique. Il annonce non seulement la naissance, mais la renaissance du monde, en ce fils. La lettre rappelle par ailleurs celle du père du voleur à son fils dans le «CONTE DU BANQUET SECRET, DU PRINCE ET DU VOLEUR», au chapitre LA TÊTE AUTOUR DE SOI. […]

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