
«En regardant dans le cristallin des autres, c’est soi-même que l’on peut voir, mais il est aisé d’ignorer son reflet et de n’y voir qu’une simple cataracte.» L’épigraphe rappelle la parabole de la paille et de la poutre de Jésus dans les Évangiles. Le cristallin est la lentille naturelle de l’œil que l’on voit à travers la pupille. Lorsqu’une cataracte se forme, le cristallin devient opaque, l’acuité visuelle diminue, la vision devient floue comme le regard à travers une chute d’eau, la pupille devient blanchâtre. C’est ici une image métaphorique: le cristallin représente le regard d’autrui, voire l’âme ou la conscience de l’autre personne. Regarder dans le «cristallin des autres», c’est donc plonger dans leur regard, les observer profondément, voire tenter de se comprendre soi-même à travers autrui. L’autre agit comme un miroir. Dans le regard qu’il pose sur nous ou dans la relation, nous pouvons apercevoir notre propre image, nos propres travers, notre propre opacité ou notre humanité. Mais il est plus confortable de détourner ce regard réflexif et de projeter nos défauts sur l’autre plutôt que de nous confronter à ce que cela révèle de nous.
«Une jeune résidente en médecine est venue m’évaluer.» Elle est jeune, sa réalité se trouve encore dans ses livres davantage que dans son expérience.
«[E]lle a ausculté mon cœur et mes poumons». L’auscultation physique, comme examen d’un problème psychique, montre le caractère parfois mécanique et la limite de la médecine (bien que pour éliminer des causes rares de délire).
La quétiapine est une antipsychotique aux propriétés sédatives.
«Je ne croyais pas avec conviction que des phénomènes non existants se produisaient.» Au contraire, le médecin aliéné était enfoncé dans le doute hyperbolique.
«Je doutais de moi, de mes propres croyances et de tout mon savoir. Je ne savais plus rien.» Ce passage rappelle le mythe de la caverne et la double ignorance de Socrate (Platon), mis en pratique par le médecin aliéné.
L’expression «fabuleuse psychose» est un oxymore, opposant deux termes de sens contrastés. Elle crée un choc sémantique inattendu (les psychoses sont habituellement vécues négativement et souvent tragiques). L’adjectif «fabuleuse» rapporte aussi à la fable, au conte merveilleux, voire à la fabulation: le médecin aliéné donne a posteriori du sens à cette psychose et l’élève au rang de mythe.
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